Initialement formée à l’image documentaire, Lia Giraud est artiste et docteure en arts visuels (SACRe/PSL).

Depuis plus de dix ans, ses installations explorent l’évolution de nos conceptions et relations au vivant, dans un contexte marqué par les sciences et techniques. Mêlant phénomènes biologiques, gestes techniques et systèmes d’imagerie, ses œuvres processuelles interrogent par un dialogue sensible et opératoire notre expérience du milieu, en cherchant à proposer de nouvelles écologies. Engagée dans la création d’écosystèmes de recherche interdisciplinaire à la frontière des sciences et de la société, ses projets impliquent des chercheurs en sciences de la nature, des penseurs, des artistes, des communautés citoyennes. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions (Centre Pompidou, Le 104, Le Cube, Le Bel Ordinaire, Festival Images de Vevey­, Naturpark Our, Dutch Design Week), diffusions (Artpress, Tracks, Wired, Vice) et interventions pédagogiques auprès du grand public.

DÉMARCHE ARTISTIQUE

Réalité(s) de l’image

Nourrie par une pratique de l’image documentaire, mon travail artistique engage dès ses débuts une réflexion sur l’individu et la relation qu’il entretient avec son « milieu », cette interface de perception et d’élaboration réciproque qui le lie au monde. Dans mes premiers travaux, c’est à la surface du « médium » photographique et vidéo que sont expérimentés la dynamique et la complexité de ce rapport sensible. Chaque projet explore à sa manière des espaces de porosité entre une réalité objectivement captée — par le biais de l’outil technique — et une réalité subjectivement construite — par l’activité fictionnelle de son observateur. 

Projet Algægraphique

Le projet des Algægraphies s’inscrit dans la continuité d’une réflexion sur l’image mais cherche, par le format de l’installation, à inscrire l’expérience du milieu au cœur d’un dispositif artistique. Si nos sociétés contemporaines semblent favoriser un état de rupture entre les différents modes d’expériences humains ces images, littéralement vivantes, s’offrent comme un possible lieu de dialogue entre les parts écologiques, techniques et symboliques de nous-même. En faisant des micro-algues le grain photosensible de l’image, ces « cultures » polysémiques révèlent certains comportements et transformations qui agitent notre époque : états de fragilité et d’instabilité, accélération du temps qui modifie nos perceptions, mécanismes de production auto-génératifs etc.

La mise au point du procédé algægraphique marque ma première collaboration avec le milieu scientifique : une méthode de travail à la croisée des paradigmes qui devient, dès lors, un second espace où soigner les discontinuités. 

Nouvelles écologies

Cet engagement interdisciplinaire s’est renforcé au fil du doctorat SACRe (PSL Research University) et au delà, par des rencontres et collaborations avec des penseurs (mésologues, anthropologues, éthologues, philosophes des techniques) et des praticiens de différents domaines (musiciens, designers, réalisateurs, ingénieurs, développeurs, citoyens). 

Mes dernières recherches s’orientent vers une nouvelle esthétique du processus que l’on retrouve dans la mise en forme de mes œuvres, mais aussi dans le contexte de recherche qui permet leur création : chaque projet est un moyen d’initier une réflexion à plusieurs et d’expérimenter de nouveaux formats de création collectifs.

La question des « nouvelles écologies » (environnementales, mentales, sociales) thématise l’ensemble de ces projets récents, qu’il s’agisse de penser les « communautés hybrides », les rapports de pouvoir entre biologique et technique ou encore les nouveaux (dés)équilibres écosystémiques liés aux actions humaines.